Malgré l’ampleur mondiale de l’épidémie de SARS-CoV2, il n’existe à l’heure actuelle aucun autre rapport d’infection ou de maladie d’un animal domestique par ce virus humain.

La firme Idexx a procédé à une étude internationale portant sur plus de 4000 prélèvements de chevaux, de chats et de chiens aux USA et en Corée du Sud, entre le 14/2/2020 et le 13/3/2020. Aucun résultat viropositif n’a été mis en évidence.

 

En résumé, à Hong Kong, deux chiens et un chat parmi les 27 chiens et 15 chats admis en quarantaine car provenant d’une habitation avec un patient atteint de Covid-19 et, en Belgique, un chat sont les seuls animaux en contact étroit avec une personne infectée qui se sont révélés contaminés. Il s’agit donc, à l’heure actuelle d’un événement rare. De plus, l’enquête menée par Idexx montre que le SARS-CoV2 n’est pas un virus émergent chez les animaux de compagnie dans les pays investigués.

Dans l’état actuel de la question, le chien ou le chat peut donc être contaminé par un propriétaire atteint par le SARS-CoV2, à un faible niveau ne permettant pas, en conditions naturelles, la transmission à d’autres animaux ou à l’homme. Ils sont considérés comme des culs-de-sac épidémiologiques. Les chiens détectés positifs restent asymptomatiques. Chez le chat, la relation causale entre l’infection et les signes cliniques observés demande plus de données pour être établie.

À ce propos, le comité scientifique institué auprès de l’Afsca a réalisé une évaluation du risque, avec les conclusions suivantes : le Comité scientifique estime le risque d’infection de l’animal par l’homme comme faible mais recommande aux services vétérinaires de maintenir une vigilance accrue et d’encourager les enquêtes épidémiologiques chez tout nouveau cas suspect. Pour le risque d’infection de l’homme par l’animal, le Comité scientifique n’est pas en mesure, avec les données actuelles, d’estimer le risque. Il considère cependant ce risque négligeable comparativement au risque pour l’homme de l’infection par transmission interhumaine.

Le Comité scientifique conclut que les animaux domestiques vivant en proximité étroite avec leur propriétaire infecté peuvent être fortement exposés soit indirectement via l’environnement et le virus qui y est déposé par les expectorations humaines, soit directement lors de contacts étroits à proximité de la face du propriétaire infecté. L’exposition dépend de l’hygiène et du niveau de contact que peuvent avoir les propriétaires infectés avec leur animal domestique. Le Comité scientifique prend en considération que les propriétaires de chiens et de chats peuvent souvent avoir des contacts étroits avec leur animal de compagnie (par exemple, léchage des mains et du visage, assiettes partagées) 

référence : http://www.afsca.be/comitescientifique/avis/2020/_documents/Conseilurgentprovisoire04-2020_SciCom2020-07_Covid-19petitsanimauxdomestiques_27-03-20_001.pdf.

Des coronavirus chez toutes les espèces animales

Les coronavirus ont généralement un tropisme digestif et/ou respiratoire.

Les coronavirus suivants n’ont aucune relation avec le SARS-coronavirus-2 responsable du Covid19 humain :

  • tout d’abord les coronavirus identifiés chez nos animaux domestiques, qui n’ont aucun rôle zoonotique, donc pas de transmission à l’homme. Ils ne présentent aucun danger pour l’homme :
    • Alphacoronavirus: coronavirus entérique/virus de la péritonite infectieuse féline du chat ; coronavirus entérique/pantropique du chien, virus de la gastro-entérite du porcelet, virus de la diarrhée épidémique porcine ;
    • Betacoronavirus : coronavirus entérique bovin (diarrhée néonatale, dysenterie hivernale) ; coronavirus respiratoire canin ;
    • Gammacoronavirus: virus de la bronchite infectieuse aviaire ;
    • Deltacoronavirus: deltacoronavirus porcin.
  • Ensuite chez l’homme : quatre virus impliqués dans le rhume (signes respiratoires supérieurs)
    • Alphacoronavirus: HCoV 229E et HCoV NL63
    • Betacoronavirus: HCoV OC43 et HCoV HKU1

Aucun de ces virus humains ne présente de parenté avec le SARS-CoV2.

Le SARS-CoV2 est un Betacoronavirus

Parmi les Betacoronavirus, deux virus humains très dangereux sont connus :

  • Le Middle-East Respiratory Syndrome coronavirus (MERS-CoV) : ce virus très virulent a émergé en 2012. Il est responsable d’un syndrome respiratoire aigu chez l’homme avec un taux de létalité de 10 %. Il se transmet difficilement d’homme à homme. L’infection est acquise par contact avec le dromadaire, hôte intermédiaire. Les réservoirs de ce virus sont des chiroptères insectivores (Taphozous perforatus, Rhinopoma hardwickii et Pipistrellus kuhlii) présentes notamment au Moyen-Orient ;
  • Le Severe Acute Respiratory Syndrome coronavirus (SARS-CoV) : ce virus est responsable d’un syndrome respiratoire aigu chez l’homme avec un taux de létalité de 35 %. Il se transmet entre individus. L’épidémie de 2002-2002 a pu être enrayée par des mesures très strictes de santé publique. L’hôte intermédiaire est la civette palmiste à masque (Paguma larvata) et le réservoir des chiroptères insectivores du genre Rhinolophus. Des chats ont été naturellement infectés lors de l’épidémie de SARS. L’infection expérimentale du chat et du furet a été réussie et la transmission entre chats a été démontrée.

C’est dans ce genre viral que l’on trouve le SARS-CoV2 responsable du Covid19 qui est apparenté au SARS-CoV. Ce coronavirus est principalement excrété par les voies respiratoires humaines. De l’excrétion dans les matières fécales a aussi été observée.

Malgré la présence de Betacoronavirus chez les bovins et le chien, il n’y a absolument aucune parenté entre ces virus et le SARS-CoV2.

La précaution : nettoyage et désinfection

Dans l’attente d’une meilleure connaissance de l’infection du chien et des autres animaux domestiques par le SARS-CoV2, il est possible, en invoquant le principe de précaution, de faire les recommandations suivantes pour réduire le risque potentiel d’infection de l’animal.

Biocide et inactivation du coronavirus

Désinfection de la peau

  • Nettoyage soigneux au savon, nécessaire s’il faut enlever des salissures organiques (salive, sécrétions respiratoires, matières fécales) ;
  • Après séchage, application d’une solution hydro-alcoolique (alcool à 70 %) durant 30 secondes. Sur de la peau non souillée, l’application de cette solution est suffisante.

Nettoyage des coussinets plantaires

  • Nettoyage au savon doux et rinçage. Ne pas utiliser de produit biocide, trop agressif pour le coussinet.

Désinfection des surfaces

  • Nettoyage soigneux au détergent (même ménager) ;
  • Après séchage, application d’un produit biocide : tout produit biocide qui a pour indication « virucide » est capable d’inactiver le coronavirus.

Aération des locaux

  • Un minimum de 15 min. d’aération des locaux permet de réduire la concentration de l’air en aérosol infectieux.

Au cabinet vétérinaire

Ces informations simples nous permettent de gérer la biosécurité dans notre Centre Vétérinaire pour le nettoyage et la désinfection des surfaces (tables, hospitalisation, etc.), des poignées de meubles et de portes, du clavier de l’ordinateur et de votre téléphone, principalement.

Les produits biocides utilisés  qui ont une mention « virucide » sont efficaces envers le coronavirus. Ils ne sont pas pour autant efficaces envers les parvovirus et calicivirus (vérifier attentivement les indications).

Chez le propriétaire contaminé par le SARS-CoV2

– Respecter une distance d’un mètre entre le patient contaminé et le museau du chien et du chat ;

– pour le patient contaminé, le respect des règles d’hygiène (nettoyage et désinfection des mains, port du masque) est valable pour éviter autant la transmission interhumaine que la transmission aux animaux de compagnie.

– Il est possible de caresser les chiens et chats, en évitant cependant le contact proche avec les muqueuses orale, respiratoire et oculaire ;

– désigner une personne non contaminée pour nourrir et soigner l’animal. Réserver des vêtements de surface pour le soin de ces animaux et de se changer dans l’appartement à l’entrée et avant de sortir, en évitant le contact entre les vêtements d’intérieur et d’extérieur ;

– aération des locaux et nettoyage du sol avec un détergent ménager.

Professeur Etienne THIRY, 7 mars 2020